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« Il faut continuer. Ce sont les mots de Beckett à la fin de l’Innommable, mais aussi de Foucault au début de L’Ordre du discours. En ce sens, c’est d’abord un slogan glorieux et probe : le cri sans phrase de la vie increvable de l’esprit une fois effondrées toutes les vieilles idoles qui prétendaient nous faire tenir encore dans la vie au seul nom de ce que l’on vit pas, ou plus ou pas encore. » (…)

 

« Bref continuer contre toute attente et toute espérance, continuer parce qu’on sent, parce qu’on pense, parce qu’on croit qu’on ne peut plus continuer, qu’on est à bout, que cela suffit, et parce que voilà qu’on continue quand même, est à la fois la pensée la plus noble et la plus douteuse. Le continu est autant la splendeur indiscrète des forces toujours insoupçonnées de l’âme et du corps que le pathétique héroïsme de la pulsion de vie laissée à elle-même, sa persévérance dérisoire. »

 

« Splendeur plus puissante que toute sensation singulière, que toute pensée sans totalité, que toute croyance disparate. Et pathétique aux sources de tout ridicule : petit bonhomme qui tombe sans cesse dans la boue et se relève sans cesse, héros de pacotille, vain combat.MAIS C’EST CELA VIVRE. Accepter la continuité sous toutes ses formes, jusqu’à affirmer ma continuité du noble et du bas, du splendide et du grotesque. Une exigence pure de continuer sous la reconnaissance apparente du DISCRET, plus forte que toute raison, que toute excuse, que tout abandon. »

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« Les chiens aboient, ceux des ennemis de la vie, du ressentiment, de la bassesse, de la jalousie, de la haine, mais aussi ceux des amis de la vie, ceux de la prudence, des limites, de la reconnaissance, et encore ses propres chiens intimes, ceux qu’on croyait maîtriser, ceux qu’on ne connaissait même pas, tapis qu’ils demeuraient jusque-là dans les replis inexplorés de l’esprit et du cœur. Tout ce beau monde, donc, aboie, sans harmonie mais de concert, et c’est un vacarme de tous les diables, mais la caravane de la vie passe quand même, sourde aux uns comme aux autres. »

 

 

 

« Cet effort increvable pour continuer est donc, aussi bien, le vrai défi et la vraie croix de la vie. Et cette croix est une tragédie, parce qu’elle ne laisse pas le choix, pas même celui de céder quand il est encore temps, quand on juge peut-être sagement, qu’on en a assez fait, qu’on a traversé la vie et la mort, la maladie et le deuil, et l’amour et le bonheur, et les postures les plus improbables et tous les clichés de la désolation et des plaisirs formatés. Mais ce défi est aussi bien une joie sans pareille, ai moins parfois, et c’est à cette joie qu’il faut s’accrocher. Parce qu’elle naît au milieu des expériences, n’entame rien et ne conclut rien, juste accompagne un mouvement qui ne parvient pas à s’arrêter, ne se ressourçant qu’en lui même. Joie qui est force de durer mais qui elle-même ne dure qu’à s’arracher sans cesse à ce qui parvient de soi même à durer, fruit obscur mais magnifique lié à une dialectique de la nécessité et de la volonté qui nous échappera à jamais. »

 

 

 

Pierre Zaoui. La traversée des catastrophes.
Philosophie pour le meilleur et pour le pire.

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«Ce qui décline aujourd'hui, fatigué

Se lèvera demain dans une renaissance

Bien des choses restent perdues dans la nuit

Prends garde, reste alerte et plein d'entrain ! 

 

Joseph von Eichendorff